Pour cette nouvelle interview, nous avons eu le plaisir d’échanger avec Marcus, beatmaker d’origine guadeloupéenne, anciennement signé sur le label Frenesik Music, créé par Rim’K.
Après un début de carrière placé sous le signe de la Trap, Marcus est, depuis peu, revenu à ses racines caribéennes, pour nous offrir des projets Riddim, dans la plus pure tradition Dancehall.
Après avoir sorti le Pani Pozysion Riddim, en Octobre dernier, le revoilà donc entouré de la crème des artistes DOM-TOM, pour 3 nouveaux projets, qui ne manqueront pas de faire bouger les fessiers les plus chargés, à l’aube de ce chaleureux printemps 2K19…

 

 

 

 

Frénésik Music

 

 

MU: Salut, tout d’abord merci de bien vouloir nous accorder cette interview.
Pour démarrer, peux-tu nous expliquer d’où vient ton amour pour le Hip-Hop et comment se sont fait tes premiers pas dans la production ?

M: Salut, merci à vous, surtout, de vous intéresser à ce que je fais.
Venant d’une famille originaire des Antilles, j’ai grandi dans un environnement où la Musique était déjà très présente, peu importe le style. Donc, avant de connaître le hip-hop, c’était plutôt du Zouk, Ragga, Kompas, Gwo, Disco, Variété française,… Et, bien sûr, Michael Jackson, dont je suis un fan absolu !
Ce n’est, que plus tard, que je me suis réellement intéressé au Hip-Hop, vers l’âge de 7 ans, notamment avec l’album «Les Princes de la ville », du 113. Et grâce, aussi, aux autres membres de la Mafia k’1 Fry: Ideal j, Intouchable, D.Teep, Rohff,…Puis, tous les sons East Coast, West Coast, classiques.
Cependant, c’est principalement la Dancehall qui m’a bercé, durant mon enfance et encore aujourd’hui.
Quant à mes premiers pas dans la production, j’ai commencé au collège avec Ejay, un petit logiciel avec des loops. C’était du bricolage mais c’était formateur. Puis, Fruity Loops, comme beaucoup d’autres beatmakers.
Quelques temps après, je me suis lancé sur Myspace et j’ai commencé à envoyer des mails aux artistes que j’appréciais.
C’est là, qu’un jour, j’ai eu une réponse de Manu Key, fondateur de la Mafia k’1 Fry, avec qui j’ai eu l’honneur de travailler et qui m’a mis en contact avec des membres de son entourage.

 

MU: Avant d’enchaîner sur la suite de ton parcours, puisque tu parles de Michael Jackson, que penses-tu du procès fait, actuellement, à l’insu de sa mémoire ?

M: Je ne fais pas attention à ça. Je n’ai pas regardé le reportage, mais je trouve ça triste de salir sa mémoire, sans qu’il puisse se défendre.
De son vivant, il a régulièrement été attaqué pour X raisons sans jamais être reconnu coupable de quoi que ce soit…
Michael Jackson sera, toujours, un sujet qui rapporte de l’argent, donc ça continuera eternellement. Puis, les témoignages commencent à se contredire…
Sinon ça ne change rien pour moi, je reste toujours un fan à 1000% !!

 

 

 

MU: Revenons donc à nos moutons…
A partir de cette fameuse connexion avec Manu Key, tout s’enchaîne ? Peux-tu résumer ton parcours depuis ce moment-là, jusqu’à ta signature chez Frénésik Music et Sony?

M: Avec Manu Key, c’était comme une phase d’entrainement, une longue phase d’apprentissage.
Je composais tout le temps, de tous les styles. Pour ses projets et les projets d’autres artistes. J’ai travaillé, par exemple, pour l’album Mafia K’1 Fry, qui était en préparation, tout comme le projet en hommage à DJ Mehdi, pour lequel j’ai fait un son avec Disiz.
Malheureusement, ces deux projets ne sont jamais sortis mais ça m’a permis d’avoir une centaine de compositions de côté, non exploitées…
Sinon, un beau jour, alors que j’étais à des centaines de Kilomètres de Paris, Manu Key me contacte pour me dire que Rim’K souhaite me rencontrer, le lendemain. Imagine à quel point j’étais stressé !!
Arrive le jour J, Rim’K avait fini son album « Chef de Famille« , donc je me retrouvais avec lui. J’avais vraiment chaud !! Ahah !
Là, je lui ai fait écouter mes sons, tous styles confondus et il a beaucoup aimé. D’une part, ma musicalité et, surtout, ma polyvalence.
C’est à partir de là, que j’ai rejoins Frénésik, puis Sony, quelques temps après.

 

 

 

MU: Parmi tous les artistes avec lesquels tu as pu collaborer, lequel t’as le plus marqué ?

M: Ils m’ont tous marqué mais, musicalement, à ce jour, c’est avec Disiz que j’ai vraiment pu découvrir toute l’étendue de mon univers car on avait la même vision de la musique.
C’est-à-dire être libre, prendre des risques, aller vers l’originalité, sans penser à la tendance ou à être esclave de son public ou des médias.
On faisait de la musique, très simplement, à partir de nos émotions, sans penser au fait que ça puisse plaire aux radios ou non, sans se limiter à produire des sons aseptisés.
C’était à prendre ou à laisser, mais s’il prenait, ça se concrétisait. On se comprenait musicalement, sans forcément se voir.

 

 

 

MU: Au fil de ta carrière, tu t’es senti bridé par ce qu’on pouvait t’imposer de réaliser ?

M: Tout à fait.
Souvent, ça peut être très frustrant, lorsqu’on doit faire comme tout le monde. Faire des Types Beats des derniers hits US, à la rythmique ou à la note près. Être esclave de la tendance…
J’aime me sentir libre, prendre des risques, surprendre, rechercher de nouvelles sonorités,… Faire ce que je veux, quoi !
Je souhaite, avant tout, apporter ma propre musicalité, ma vibe et ne pas recopier celle des autres. Ce n’est pas ma conception de l’Artiste.
C’est comme si tu recrutes Ronaldinho dans ton équipe, en connaissant son profil, et que l’entraineur essaye de le faire jouer différemment, c’est à dire l’obliger à défendre, l’empêcher de dribbler, pour le faire rentrer dans des standards. Tu gâches son talent !
Et, pour la musique, c’est la même. Je privilégierai toujours la qualité à la quantité. Je préfère produire un son qui va durer dans le temps et dans les cœurs, qu’un son standard qu’on oubliera dès le lendemain.

 

 

 

 

 

Dancehall Mizik

 

 

MU: J’allais en venir à ton actualité. C’est pour cette raison que tu t’es éloigné du monde du Rap, en te mettant à sortir des projets Dancehall ?

M: Oui, on peut dire ça. Mais, en parallèle, je continue, tout de même, à en produire. Y’a des choses qui vont sortir…
En fait, j’ai surtout envie de me faire plaisir, de mettre en lumière la culture Dancehall, qui, en plus de me tenir à cœur, est vraiment riche.
Alors, évidemment, les esprits sont formatés partout, par des standards, mais, en ce qui concerne la Dancehall, les artistes sont habitués à poser sur beaucoup de styles d’instrus. Là ou il y a de la liberté artistique, je me sens bien.
Je ne supporte pas les cases, donc j’essaye de proposer des choses différentes. Je n’invente rien, mais j’évite de suivre la tendance.
Une fois, j’ai eu une conversation avec Rim’K qui m’encourageait à faire des choses pour ma culture, donc je l’ai écouté…

 

MU: Tu es d’origine guadeloupéenne, mais parisien ayant grandi en France. Quels rapports peux-tu avoir, aujourd’hui avec cette île ?

M: Malheureusement, ça doit faire 10 ans que je n’y suis pas allé… Cependant, j’ai toujours dit que j’y retournerai, quand j’estimerai avoir suffisamment participé, d’une quelconque manière, à rendre la Guadeloupe meilleure, d’un point de vue musical.
Sinon, ça représente énormément pour moi, c’est sûr. Bien que, comme tu l’as précisé, j’ai grandi en France, ce qui rend la réponse à cette question un peu difficile.
Mais, voilà, c’est mes racines, il n’y a pas de mot pour décrire mon attachement à la Guadeloupe.

 

MU: Sur le Pani Pozisyon Riddim, ton premier projet Dancehall, sorti en Octobre dernier, tu as invité plusieurs grands noms de la scène d’Outre-Mer, comme Kalash, Admiral T, Saïk, Colonel Reyel, … Comment as-tu réussi à les convaincre de te rejoindre dans cette aventure?

M: Honnêtement je n’ai eu à convaincre personne.
Avant de faire le Pani Pozisyon, Admiral T m’avait demandé des sons, donc je lui en ai concocté plusieurs. J’ai dû en faire, genre 6-7, dans la journée, dont cette prod là. Quand je lui ai livré, je l’ai prévenu que j’allais peut-être en faire un One Riddim, bien que ça ne se faisait plus trop dans le milieu.
Entre temps, je suis rentré en contact avec Kalash. Je lui ai envoyé la prod, voir si ça pourrait lui plaire et il a kiffé.
À partir de là, je me suis dit qu’il y aurait moyen de faire quelque chose et, quand Admiral T m’a envoyé une vidéo de Gucci Gang, ce fut un tremblement de terre pour moi, une confirmation. Dès lors, j’étais décidé à en faire un One Riddim !
Ensuite, dès qu’il a sorti son titre, les choses furent beaucoup plus simple.
Puis, mon frère m’a conseillé de voir avec Saïk et, bien que je ne pensais pas qu’il me répondrait, il a, finalement, posé direct et ça a donné vie au second extrait.
Vient, un peu plus tard, le son de Kalash et Ward 21 et là, tu te doutes bien que ça m’a apporté encore plus de visibilité. C’était, clairement, un nouveau virage pour le projet. Je me suis, rapidement, retrouvé avec une 60aine de sons!! J’ai été contraint de faire des choix, alors que je n’aime pas trop faire ça. C’est un peu compliqué dans ces cas là…

Au final, j’ai gardé 30 sons pour le projet. Mais il y a des sons, hors projet, qui continuent de sortir, encore aujourd’hui…

 

 

 

MU: Admiral T était l’une des figures de proue d’une scène Dancehall qui a connu beaucoup de succès, sur les ondes françaises, à la fin des années 2000’s, avec des artistes comme Krys, Lord Kossity, Colonel Reyel, … notamment.
Comment se porte ce courant musical, qu’on entend moins, aujourd’hui? Kalash a, certes, connu d’énormes succès, ces dernières années, mais sur des morceaux plus Trap, avec des rappeurs francophones (Niska, Damso, Booba), …

M: Il renaît, lentement mais surement… Je pense que la Trap a largement éclipsé l’ensemble des différents styles de musiques urbaines. Le Dancehall en a, malheureusement, aussi fait les frais. D’autant que les Antilles sont proches des USA, géographiquement. La Trap a pris énormément de place. Tout le monde a voulu faire de la Trap.
Mais là, on a vraiment trop tiré dessus. Cette vague devient, peu à peu, lassante et je pense qu’on va, naturellement, revenir à des sonorités différentes, dont le Dancehall.
Après, même s’il n’est, peut être pas présent dans les différents médias, comme les sites de Rap ou autres radios nationales françaises, on entend souvent des morceaux qui sonnent très Dancehall. Ça prouve que cette culture perdure.
On a, aussi, la chance d’avoir des artistes comme Kalash ou Admiral T qui mettent encore de la lumière sur cette musique et permettent, justement, de créer des passerelles avec le Rap.

Puis, le mouvement est encore très actif, partout dans le Monde. Tu seras peut-être surpris, mais il y a beaucoup de pays, auxquels on ne penserait pas forcément, qui kiffent à mort… Au Japon, au Chili, en Russie, en Finlande, et j’en passe … Tout le monde ne le sait pas forcément, mais c’est très, très suivi.

 

MU: Tu as récemment annoncé la sortie de 3 nouveaux projets, pour le 10 Avril, puis le 15, finalement, à savoir « Real Dawg Riddim« , « Bad Khalifa Riddim« , ainsi que « History Riddim« .
Peux-tu nous en dire plus, en attendant leurs sorties respectives ?

M: A la base, je devais sortir le Bad Khalifa en 2018. Et Kalash devait lancer le premier extrait. Mais bon, c’est parfois difficile de faire avec le planning des artistes, tu connais.
Ensuite, Admiral T m’a envoyé son morceau Real Dawg. Vu que j’avais réalisé cette prod il y a 2-3 ans, je n’avais pas du tout envisagé d’en faire un Riddim. Mais, comme j’ai vu que ça plaisait, qu’il y avait de très bons retours de certains artistes, je me suis lancé là-dedans.
Et, enfin, History, ça s’est fait sur un coup de tête. Je l’ai composé, très rapidement, avant de l’envoyer à quelques artistes, pour tester. Et pareil, ça a bien pris, donc je me suis retrouvé avec 3 Riddims aux sorties potentielles.
Premièrement, je me suis concentré, uniquement, sur le History, que j’ai lancé avec Sam’X. Il y avait d’avantage d’engouement concernant ce morceau car il rappelle une sonorité de l’époque, d’une mixtape connue localement ,« Teworist Mixtape ».
Mais je préparais secrètement le Bad Khalifa. Je voulais faire une sortie surprise car, musicalement, c’est différent de ce qu’on peut entendre, tout comme le Real Dawg.
Un beau jour, je me suis dit que j’avais, quand même, du retard. Et j’aime pas trop quand les choses trainent, comme ça. Donc, pour rattraper ça, j’ai décidé de sortir les 3 en même temps.
Ça va faire plaisir aux amateurs de Dancehall d’entendre quelque chose d’inédit, comme ça.

 

 

 

MU: On aura un peu les mêmes artistes que sur le projet précédent, ou tu as réussi a attirer de nouvelles têtes ?

M: C’est pas évident. Beaucoup me disent qu’ils veulent poser et ne le font pas, ou trop tard.
Je préfère m’entourer d’artistes qui bossent assez rapidement et qui ont confiance en ma musicalité. Pas ceux qui se réveillent une fois que Kalash, par exemple, va teaser un morceau sur son Insta, alors que le projet est sur sa fin et que j’avais envoyé le son quelques mois auparavant, sans obtenir de réponse.

J’aime, aussi, avoir des surprises donc, pour les 3, il y a Mighty Ki La, Sam’X, Makadem, Mickael, Snipa, que je considère comme le « futur Vybz Kartel guyanais », Le Fun, Velly, Tronixx, Wyckyfd J, Djelow-Stylez et Deelo, en nouveauté.

 

 

 

MU: Qu’est-ce que tu attends de ces projets ? Est-ce que le fait de devoir confirmer te met davantage de pression que pour le Pani Pozysion ?

M: J’espère ranimer une flamme qui s’est, peut-être, éteinte, chez certains. Je souhaite donner la possibilité à des artistes de s’exprimer sur des rythmiques différentes, de prendre du plaisir, de se défouler, sans calcul. De pouvoir conjuguer le fond et la forme, sur des beats Dancehall.
Et, plus personnellement, je veux pouvoir continuer à m’exprimer musicalement, selon mes envies. C’est comme une sorte de thérapie pour moi. Après tout, je me fais plaisir comme ça et je me sens libre.
Sinon, la pression après le Pani Pozisyon? Oui et non.  Alors, évidemment, on attendait le prochain Riddim, pour voir si c’était pas un simple coup de chance, mais j’avais prévenu que, musicalement, il n’y en aurait qu’un, comme ça.
Ça ne m’intéresse pas de faire des sons que j’ai déjà fait, juste parce que ça a provoqué de l’intérêt.
La richesse c’est de créer des choses différentes et c’est ce qui m’a toujours motivé. Ça m’a souvent pénalisé aussi, mais, tant que les artistes et le public me suivent, c’est le plus important.

 

 

 

MU: Quoi de prévu pour la suite ? Tu disais que tu allais ressortir des sons plus Trap…

M: Pour la suite, je préfère ne pas en parler. Qui vivra verra…

 

MU: Qu’est ce qu’on peut te souhaiter de beau, alors, pour la suite ?

M: Une victoire du PSG en LDC en 2020 !

 

 

 

MU: Ahah! Un dernier mot, une dédicace a placer pour boucler cette interview ?

M: Merci à vous, de vous intéresser à ce que je fais. C’est, peut-être, ma dernière interview.
Un grand merci à toutes les personnes qui me soutiennent, de loin comme de près, à mes proches, qui m’aident dans l’ombre et à tous les artistes qui me font confiance, musicalement.
Peace.

 

 

 

 

Marcus X Loïc Sgr