Si le cinéma a Ace Ventura et Brigitte Bardot, le rap français a également son défenseur des droits fauniques, en la personne de Saloon.
Après avoir sorti un premier album, « Le 4ème singe », en 2008, le MC francilien a dévoilé son second projet, « Le Roi des Animaux – Volume 1 », le 1er Février dernier.
Un excellent EP introspectif de 7 pistes où se mêlent plume acérée, humour, ambiances Jazz, Soul et samples de Steven Seagal.

Une occasion en or pour aller à la rencontre de cet étrange animal, originaire des Hauts-de-Seine (92), afin de bavarder Rap & Braconnage.

 

 

Pour les p’tits

 

MU: Salut. Merci de bien vouloir répondre à cette nouvelle interview pour Musique Urbaine. Voilà plus de 10 ans que tu n’avais plus sorti de projet, alors que ton premier opus avait été accompagné d’un fort succès d’estime.
Pourquoi une si longue attente ?

S: Sans rentrer dans les détails , c’est pour des raisons personnelles que j’ai pris ce recul.
Mon fils est né au même moment que la sortie de mon 1er album et il avait bien plus besoin de moi que le rap…
Aujourd’hui, tout va bien, j’ai plus de temps pour moi.
Ressortir un projet m’est venu comme une envie de pisser, alors me revoilà!

 

 

MU: La naissance du 5ème singe ?!

S: C’est ça, Ahaha! Mais il est beaucoup plus vif et réactif que moi!

 

MU: T’es-tu, totalement, détourné du rap, durant cette période? Ou es-tu, quand même, resté dans cet univers, par l’intermédiaire de ton entourage, peut-être ?

S: J’ai pas vraiment d’entourage rap, hormis Mozaik, mon Beatmaker principal, qui est, avant tout, un ami d’enfance.
Mais, mis à part lui, mes autres amis ne sont pas dedans du tout. Ils aiment bien, mais sans être impliqués…

Par contre, il y a toujours eu plein de traces de postillons sur le tableau de bord de ma voiture! J’ai jamais arrêté de rapper… J’aime beaucoup trop ça pour m’en priver!

 

 

Mon Amour

 

MU: Tu as fait tes débuts dans la culture Hip-Hop, en tant que graffeur. C’était une suite logique d’évoluer vers une carrière de rappeur, à l’instar d’autres artistes comme Dany Dan, avec lequel tu as souvent collaboré, et qu’on retrouve sur 2 des morceaux de ton dernier EP ?

S: Pas vraiment, jetais un piètre graffeur! Plutôt un tagueur, en mode vandale…
Quand je suis tombé dans le Hip-Hop, je voulais tout faire! Danser, taguer, être DJ, faire des instrus… Mais c’est, finalement, dans le Rap et l’écriture que je me suis trouvé.

 

 

MU: Le Hip-Hop était, à ses débuts, un vrai courant culturel et social, qui regroupait de nombreuses disciplines telles que le Graff, le Break, le Rap, … Qu’est-ce que tu penses du fait que ces arts n’évoluent plus vraiment dans le même sens ?

S: C’est le cas pour tous les courants. Le Rock , le Reggae, la Techno, etc… C’est un tout… Il y a de l’art, de la peinture, une attitude, une danse qui accompagne le mouvement, … Et, bien souvent, il ne reste que la musique.
Le reste finit par se mélanger dans un tout culturel. Et, comme la musique est l’art le plus populaire, ça dépasse son propre courant. Ça dérive pour créer un nouveau mouvement…
Il n’y a, finalement, rien d’anormal. C’est logique que le Rap n’appartienne plus au Hip-Hop.

 

MU: Comment ça ?

S: Je veux dire que, la Trap, par exemple, on peut dire que c’est du rap mais pas du Hip-Hop… Le lien c’est le Rap, pas le Hip-Hop.
C’est difficile à exprimer… C’est dans une continuité mais c’est, plus vraiment, les mêmes codes.
En gros, l’évolution se fait et on doit accepter…
C’est aux jeunes de créer leur propre gros mouvement en utilisant les codes qu’ils veulent et ils ont raison d’en avoir rien à foutre de l’avis des autres, des anciens!

C’est aussi, comme ça, qu’on a procédé, par le passé.

 

MU: Tu es, parfois, un peu critique, envers le Rap Newschool. Est-ce que tu joues les « vieux cons », à ne pas vouloir écouter de Rap actuel ou tu trouves encore ton bonheur dans cette nouvelle génération ?

S: Non, j’en joue un peu… J’aime bien faire le vieux con, mais, en vérité, je critique pas vraiment, je suis pas aigri.
Là, en ce moment, j’aime beaucoup ce que propose Griselda Records, le crew de Conway et Westside Gunn. C’est vraiment lourd! Du rap minimaliste avec des gros samples et des Artworks très forts. C’est pas des jeunots mais ils sont, encore, très productifs et c’est vraiment des personnages. Ça me fait un peu penser au délire Wu-Tang.
Après, dans l’ensemble, c’est sûr que je ne suis pas la cible du rap actuel.
Cela dit, j’aime, quand même, bien écouter la radio, de temps en temps, et me tenir informé de ce qu’il se fait.

C’est, un peu partout, Rire & Chansons, sur toutes les ondes… T’entends des trucs genre «Street» qui sont validés, alors que, même Mickaël Youn, n’aurait pas osé le faire…
Mais voilà, c’est la Pop actuelle. Pour moi, c’est pas du Rap…
Au moins, ça rend le Rap populaire et, notre propre Rap, plus rare. Il faut creuser, un peu, pour trouver des pépites, donc c’est cool. On est là, on nous trouve.

 

 

MU: Hormis Dany Dan, dont je te parlais, et donc, Les Sages Poètes de la Rue, quelles ont été tes autres influences, dans la musique ?

S: Quand j’étais petit, j’écoutais beaucoup les disques de ma mère. De Brel à Brassens, en passant par Edith Piaf,… Je kiffais ça. Ce sont des artistes qui te donnent, directement, des émotions.
Ensuite, le Rap vraiment Classic, comme IAM, NTM, Solaar… Puis, la révolution, avec La Cliqua, Time Bomb, … 
Sinon, côté cainri, j’etais only NY: Wu-Tang, Nas, Mobb Deep, pour les grands noms. J’aimais aussi, beaucoup, les délires genre Necro, Ill Bill, tout ça…
Si je devais te donner mon rappeur préféré, ça serait, probablement, le Chef, Raekwon. Je comprends très mal l’anglais, mais lui, je ne pouvais pas me passer d’écouter son 1er album. Le genre de skeud que t’emmènerais sur une île déserte!

 

 

 

 

Mon Cinéma

 

MU: Dans tes sons, tu utilises beaucoup de samples de films, qui ont, eux aussi, quasiment disparu du paysage rapologique. A quel niveau le cinéma inspire-t-il ta musique ?

S: Je ne suis pas un grand cinéphile… Je suis, un peu, resté bloqué sur les films de mon enfance. On était tous cinéphiles petits, car on avait que ça, pratiquement. C’était une époque différente, on avait beaucoup moins de choix.
Souvent, j’utilise les samples de films comme des parfums, des ambiances… J’ai toujours kiffé les gros dialogues bien abusés des français qui ne peuvent s’empêcher de franciser leurs traductions…
Puis, il y a, aussi, de sacrées punchlines dans certains film français, donc ça colle à mort.

 

 

MU: C’est qui, selon toi, le meilleur punchlineur du cinéma?

S: Je sais pas trop, mais j’aime bien Joe Pesci, dans les films de mafia.
Sinon, en film français, « Les démons de Jésus », c’est un vrai recueil de punchs, elles sont folles!

 

 

Le Roi des Animaux

 

 

 

MU: Merci pour ces réponses. J’aimerai, maintenant, qu’on revienne sur ce fameux dernier EP, « Le Roi des Animaux, Vol.1 ».
Tout d’abord, il faut absolument parler de la cover, qui est, selon moi, l’une des plus fortes, sorties en ce début d’année. Pourrais-tu, stp, revenir sur l’idée et sa conception ?

S: A la base, j’avais une idée assez simple. Celle de mettre une photo de chasseur, en train de tuer un lion. Mais c’était trop simpliste…
En parlant avec Debby, ma graphiste, on a commencé à chercher des photos «esthétique de l’horreur ». Là, elle m’a trouvé ce cliché, qui m’a tout de suite fait un bête d’effet. J’ai, donc, un peu, creusé le sujet…
Pour résumer, une corne de rhinocéros se revend autour des 50 000$, le kilo… C’est destiné à la revente, en poudre, sur le marché asiatique. Pour ses vertus aphrodisiaques… Une sorte de viagra de ouf! Sachant qu’il ne s’agit que de kératine et que, manger ses ongles, procurerait, sans doute, le même effet.
Cette photo pourrait être celle d’un braconnier mais, en fait, non.
Elle a été publiée par une association de protection qui s’occupe de leur couper les cornes, pour éviter que les braconniers ne viennent les tuer, dans le but de la récupérer…

J’ai trouvé ça tellement tordu, tellement humain… Les bons, les mauvais. Le blanc, le noir,… Bref, l’Humanité quoi! Ça collait parfaitement…
Sur le dos de la cover, on peut comprendre, tout ça, en voyant une soigneuse s’occuper de lui, en lui prodiguant des soins.
Après, c’est, quand même, très triste car, pour le rhinocéros, perdre sa corne, c’est, un peu, comme perdre sa bite! C’est relou pour draguer dans la jungle!! Imagine, on te coupe la bite, pour empêcher des gars de venir te buter, parce qu’il veulent la revendre… C’est cool de rester vivant mais, en même temps, c’est super relou parce que t’es vivant, mais t’as plus de bite !!

 

 

MU: Ahah! Donc c’est bien ce que je disais dans l’intro: t’es le Ace Ventura du Rap ! C’est très rare, malgré tous les combats contre lesquels se sont ligués les rappeurs, que l’on aborde ce thème…

S: C’est, pourtant, un peu, le seul vrai combat à mener. Tout le monde devrait être d’accord… Après, attention! Je suis conscient de ça, mais ça ne m’empêche pas d’être un putain de pollueur, carnivore!
Là, je suis dans cette 1ère étape ou je sais que Je, ou plutôt, On, déconne…
La seule politique qui est importante, c’est l’écologie… Le reste c’est des trucs d’oseille etc… Mais, au bout d’un moment, ça vaudra plus rien… Quand il n’y aura plus rien d’autre à manger que des euros, on aura faim…

 

 

MU: Mais, le problème, n’est-il pas que l’Homme ne soit pas considéré comme un animal, mais comme une espèce supérieure ?

S: Bah, c’est un débat un peu compliqué, vu que c’est pas compatible avec les grosses religions… Perso, je considère l’Homme comme un singe, parmi les autres.
Les gens, qui me suivent, savent que je ne suis, pas du tout, dans la religion. Après, ça ne veut veut pas dire que je ne respecte pas les gens sincères dans leurs croyances et je ne détiens pas, non plus, la Vérité absolue…
Je suis un vrai laïque. Dans le sens noble du terme, c’est-à-dire que, chacun est libre de ses choix et que, tant que tu saoules pas les autres avec ton truc, c’est cool.

Pour reprendre une phrase d’un couplet, je dis « C’est comme les dep’s, j’en suis pas mais mets c’que tu veux dans ton cul » !

Je suis pas sûr que ce soit le bon exemple

Laisse tomber!

 

MU: Ahah, je vois. J’imaginais te parler du titre de l’EP, mais tu sembles l’avoir expliqué dans tes dernières réponses…

S: Bah ouais, je pense qu’on a compris que l’Homme était le Roi des Animaux… C’est aussi simple que ça. Un animal très farfelu!

 

 

 

On fait ça

 

MU: Pour en revenir à la musique, l’ambiance de l’EP est très orientée vers des sonorités Jazz ou Soul, ce qui rappelle un peu le dernier projet des Sages Po’, « Art Contemporain« .
Ce n’était, pas forcément, le cas de ton premier album. Pourquoi as-tu eu la volonté de revenir avec ces vibes ?

S: C’est une volonté de revenir minimaliste, Classic, sans gros beat…
Ça permet de mettre les lyrics en avant… Même si ça se fait de moins en moins, ça s’est fait naturellement. J’ai choisi les prods par affinité, parmi ce qu’on m’a proposé, sans réfléchir à savoir si c’était Jazzy ou pas.

C’est juste une émotion, un ressenti. Comme d’Hab en fait…
Après, c’est vrai que j’aime bien avoir une couleur et une cohérence sur un projet. Du coup le format EP colle bien.
Le Vol.2 ne sera pas forcément Jazz, mais on verra. Il aura une couleur bien distincte, en tout cas.

 

 

MU: Ah! J’allais y venir… « Le Roi des animaux Vol.1 » laissait, forcément, présager une suite (bien que plein de projets d’artistes se soient arrêtés au Vol.1 …).
On aura donc droit à plusieurs opus ? Quelle couleur comptes tu leur donner, du coup? Et, quand comptes-tu les sortir ?

S: J’ai dans l’idée de faire une trilogie, sur 3 ans … C’est un challenge, étant donner que je ne suis pas hyper productif. C’est compliqué parce que j’ai plusieurs vies, à côté, mais c’est réalisable…
La couleur viendra avec les morceaux mais ça restera cette couleur LRDA sur les 3 … Après, je vais, sans doute, mettre plus de patate sur le prochain!
Je me laisse guider. Je n’ai pas de prétention commerciale, si ce n’est d’arriver à sortir des projets carrés, avec quelques petits clips, sans que ça ne me coûte d’argent personnel…
Je fais ça en totale indépendance, j’ai pas de pression. Juste moi-même et c’est déjà pas mal… Je reste sur de l’exemplaire limité, en physique, ce qui paye à peu près mes dépenses pour les projets …

 

MU: Aussi, tu parlais, tout à l’heure, de Mozaik, comme ton beatmaker principal. Quelle relation avez-vous et comment travaillez vous en commun sur le choix des prods ?

S: Au delà du lien du Rap, Mozaik, c’est mon poto! On fait des barbeucs, des trucs avec nos gosses, maintenant. Mais la musique nous accompagne toujours, dans tout…
Quant aux prods, soit il en pond une nouvelle et elle me plaît directement, soit on parle d’un sample, d’une ambiance ou d’une idée et il se met au charbon. Pendant ce temps, moi je fume de mon côté et je kiffe … Ahah!

 

 

MU: Tu as quelques scènes de prévues, pour défendre le projet ?

S: Oui. La prochaine, c’est le 10 mars, avec un super plateau pour la Biffmaker Party, à Paris (Ndlr: Itw réalisé le 06/03). Il y aura, entre autres, Hi-Fi, Flynt , Stelio, Nasme,… J’en oublie pleins, mais ça va être mortel, je le sens.
Je vais, aussi, faire un Showcase, le 23 mars, à la Scred Boutique, normalement… C’est en cours d’organisation…

 

MU: Merci pour tout. Un dernier mot ou une dédicace a placer pour boucler cet entretien ?

S: Merci à toi et dédicace à tous ceux qui creusent, jusqu’à trouver mon son, parmi tout ce qui est proposé. Merci aux sites et autres pages qui partagent et font la lumière sur mon son…
Je suis sans manager, sans équipe de com. C’est de l’artisanat direct, du producteur aux consommateurs… Du rap bio, sans voix génétiquement modifiées. Du Rap équitable!!! Alors laissez-vous tenter…
Tiou Tiou Tiou !!!

 

 

 

Loïc Sgr X Saloon