Pour cette nouvelle interview, Musique Urbaine a eu le plaisir de s’entretenir avec Makiavel, à l’occasion de la sortie de son premier EP solo, «Diplomatico».
Membre éminent du groupe marseillais, Révolution Urbaine, qui a marqué le rap phocéen du début des années 2010’s, cet artiste, originaire du Centre-Ville, revient fort, près de 5 ans après la sortie de son dernier album de groupe.
L’occasion, ici, d’évoquer son parcours avec Street Skillz, notamment, et d’en apprendre davantage sur l’un des projets les plus réussis de ce début d’année.

 

 

 

 

Révolution Urbaine

 

MU: Tout d’abord, merci de bien vouloir répondre à cette nouvelle interview pour Musique Urbaine. Tu as commencé à rapper dès l’âge de 14 ans, avant de fonder, 3 ans plus tard, le groupe Révolution Urbaine en compagnie de Zino, DJ La Mèche et Brigante.
Pourrais-tu, stp, nous raconter ces débuts dans le rap, jusqu’à la signature chez Street Skillz, label fondé par Soprano ?

M: Tout a commencé aux Milles-Pattes, une Asso de quartier. On était des gamins comme tant d’autres, le groupe s’est formé très jeune. A force d’enregistrer et d’enchaîner les concerts de quartiers, on gagne vite en expérience.
En 2006, on commence à bosser avec le label parisien Original Bombattak, avec lequel on enregistre les 4/5 premiers morceaux de notre 1er projet, « L’histoire ne fait que commencer ».
Puis, après avoir proposé un featuring à Sopra sur la Mixtape, il accepta et nous donna rendez-vous quelques mois plus tard, faute de disponibilité.
Entre temps, pour pas mal de raisons internes et personnelles, on a décidé de mettre un terme à notre collaboration avec notre premier label.
C’est donc, en indé, qu’on s’est ramené au Rdv avec Sopra. 10 jours après, on signait chez Streetskillz.

 

 

 

MU: Street Skillz était un label très réputé, à l’origine de plusieurs compils de rap marseillais, et de projets d’artistes tels que Carpe Diem, La Swija, Mino, … Qu’est-il devenu, aujourd’hui ?

M: Aujourd’hui, le label ne fait plus de production d’artistes, il s’est diversifié dans pleins d’autres activités. Mais je ne pense pas être le mieux placé pour en parler…

 

MU: Avec Révolution Urbaine, vous avez, entre autres, collaboré avec la plupart des artistes les plus influents de la scène marseillaise comme Soprano, bien sûr, mais aussi Alonzo, IAM, Keny Arkana, …
Vous étiez vraiment jeunes, à l’époque, qu’est-ce que ces échanges t’ont apporté tant musicalement, qu’humainement ? J’imagine que ça devait être très honorifique de rapper avec certains de tes artistes préférés…

M: Oui, c’est à la fois un rêve de gosse et un enrichissement de fou, à tous les niveaux. Que de belles rencontres, des expériences mémorables!
Avec Keny Arkana, par exemple, avec qui on a fait un Marseille-Roquevaire en scooter, sans casque, pour aller enregistrer. Ou avec IAM, avec qui t’en apprends plus en une journée de studio, qu’en 3 mois, seul de ton côté.

 

 

 

MU: Dans « Cheval de Troie », vous rappiez votre désir de « Briller », de passer en TV. Bien que vous ayez eu un franc succès, vous n’avez pas non plus côtoyé les étoiles comme ont pu le faire, par exemple, la Psy 4 ou Sexion d’Assaut.
Avec le recul, quel est ton ressenti sur le parcours de Révolution Urbaine ?

M: Forcément un peu déçu de ne pas avoir fait plus, car on a toujours été de gros rêveurs. Mais on est aussi très fier de ce qu’on a fait, de la trace qu’on a laissé. Et surtout, toujours reconnaissant de ce que Dieu nous donne.

 

MU: Qu’est-ce qui, selon toi, vous a empêché d’atteindre un public plus large ? Est-ce qu’il ne vous a pas manqué un gros tube comme « Désolé » ou « Enfant de la Lune », pour reprendre exemple sur les groupes précédemment cités ?

M: Il manquait certainement quelque chose, je ne saurai dire quoi … Pourtant, je pense que des morceaux comme « La Provence », « Qui écouter? », « No Life », « Le Bidon », … avaient le potentiel pour nous permettre de vendre plus.

 

 

 

MU: Il s’est passé presque 5 ans depuis la sortie de votre dernier album, « Cheval de Troie ». Qu’êtes-vous devenus tout ce temps, et pourquoi une si longue absence ?

M: A la base, c’était un besoin pour chacun de se retrouver, de faire un point.
Après, la vie a fait qu’on a dû reprendre un travail pour subvenir à nos besoins et à ceux de nos familles. Mais l’envie de faire de la musique n’a jamais cessé de perdurer. Étant en indé, maintenant, ça prend forcément un peu plus de temps à concrétiser de vrais projets musicaux, avec les moyens d’un smicard. Mais, à force de travail et de persévérance, on arrive toujours à ses fins.

 

MU: Tu as créé un label, une structure ?

M: Non, pour le moment, aucune structure. Je fais de la musique, au jour le jour, sans me prendre la tête. Je fais ça seul, avec mes propres moyens. Dans un sens, tu peux faire ce que tu veux, mais ça prend beaucoup de temps.
Passer d’une maison de disque ou t’as une dizaine de personnes qui bossent sur ton projet, à un projet en Indé, sur lequel tu bosses tout seul, franchement faut s’accrocher. Entre l’écriture, l’imagination, l’enregistrement, le mixage, le master, la réalisation, la pochette, la promo, les clips etc… Je te laisse imaginer…

 

MU: Tu as invité Zino et Carlito Brigante sur ton dernier projet. Se pourrait-il que vous ressortiez un projet commun ou est-ce que c’est, désormais, de l’ordre du passé ? Aujourd’hui, quels rapports partages-tu avec ton équipe ?

M: Oui, c’était important pour moi des les inviter. Aujourd’hui, on bosse chacun sur nos projets solos. Un projet de groupe n’est, pour le moment, pas envisagé.
On se voit régulièrement, aussi, pour travailler sur une marque de vêtements sur laquelle on a investi ensemble mais dont je ne peux pas en dire plus, pour le moment.

 

 

 

MU: Historiquement, le rap marseillais a connu des périodes vraiment fastes, avec le succès de IAM, la FF, Psy 4 de la Rime, Keny Arkana, et j’en passe. Après un trop long passage à vide, il est clairement en train de retrouver ses lettres de noblesse, sous l’impulsion de Jul, notamment.
Qu’est-ce que tu penses de la scène actuelle, qui se caractérise par une très forte identité musicale ?

M: J’en pense pas grand chose, sincèrement. Je suis content, bien sûr, pour tous ceux pour qui ça marche et je leur souhaite que le meilleur.
Mais, à l’heure actuelle, très rares sont ceux qui m’impressionnent en France, musicalement parlant. J’écoute très peu de Rap français, hormis certains artistes comme Niro, Ninho, PNL, Josman, Soolking, Puissance Nord, des artistes avec de vraies personnalités. Sinon les classiques, tu connais: Booba, Kery James, Lino, Rim’K
, Keny Arkana

 

MU: Plutôt du Rap Américain, du coup?

M: Ouais, mais pas que. Je peux autant écouter du Cheb Hasni que Sade, Lauryn Hill, 6LACK, et j’en passe. Puis Michael Jackson, bien sur.

 

 

 

 

Diplomatico

 

 

MU: Merci pour ces réponses. J’aimerai, désormais, qu’on s’attarde sur la sortie de ton excellent premier EP, « Diplomatico ». A quel moment t’es-tu décidé à sortir un projet solo ? Est-ce que ça n’a pas été trop difficile de modifier tes méthodes de travail ?

M: Les deux plus vieux morceaux du projet, « Malade » et « Faubourg Joie » existent depuis fin 2015. Au début, c’était pas évident car j’avais pas forcément les instrus que je voulais, ni les moyens de les acheter. Mais, avec le temps, j’ai rencontré de nouveaux beatmakers, pleins de talents, qui étaient prêts à collaborer avec moi.
Puis, comme je t’expliquais, en inde, tu dois tout gérer. C’est plutôt en ça que la donne change vraiment.

 

 

 

MU: En tout cas, c’est très réussi. Le titre de l’EP, ainsi que sa cover, semblent faire référence au Rhum Diplomatico. Pourquoi avoir choisi de le nommer ainsi ?

M: La qualité du produit, le coté raffiné. Ses origines vénézuéliennes et ma sympathie envers ce pays, Hugo Chavez et son histoire.

 

MU: Sur les 10 titres, on peut relever 7 producteurs différents. Comment s’est fait le choix des instrus et comment tu trouves ton inspi ?

M: Le choix des instrus se fait au feeling. La prod débloque mon inspiration, donc, quand ça me parle, j’imagine vite quelque chose dessus. Généralement, j’écris chez moi ou en voiture, avant d’aller en studio, pour optimiser au mieux mon temps là-bas.

 

 

 

MU: Hormis les 2 featurings avec tes acolytes Brigante et Zino, et celui avec le rappeur marseillais Akino, tu as enregistré et clippé le morceau « Graine de café » avec Soolking, l’un des artistes francophones les plus en vue en 2018. Comment s’est faite cette collaboration algérienne ?

M: Je connaissais Soolking bien avant qu’il n’explose, et j’appréciais déjà ce qu’il faisait. Je savais déjà que c’était un génie, c’est pourquoi je l’ai invité à poser sur mon projet. C’est Mister Tif, un ami en commun d’Alger, qui nous a mis en contact.
Soolking connaissait aussi mon groupe et a accepté l’invitation, avec plaisir. Il a, lui-même, choisis l’instru, et m’a invité sur Paris pour y enregistrer le titre.

 

 

 

MU: Quelle est ton ambition par rapport à cet EP et comment envisages-tu l’avenir ? Est-ce qu’on aura droit a une tournée de concerts, de showcases, un futur album ? 

M: J’espère déjà avoir de bons retours, faire tourner ça du mieux que je peux et, bien sûr, défendre le projet sur scène. Je vais continuer a envoyer de nouveaux clips issus de « Diplomatico« .
Là, j’enchaîne déjà sur un prochain EP, dont je vais bientôt dévoiler un nouvel extrait.

 

MU: Belle nouvelle, on va suivre ça avec attention!
Enfin, on te sait amateur de foot et de l’OM. Est-ce que c’est pas un crime de lèse-majesté que de s’autoproclamer Marco Verrati et de faire un morceau intitulé « Anelka » ? Tu n’aurais pas pu appeler le titre « Bouna Sarr » ?!

M: J’y ai longuement songé… Ahah non, j’avoue, c’est pas vrai !
Plus sérieusement, je reste à vie pour l’OM, devant un OM – PSG. Mais, après, si t’aimes vraiment le foot, faut savoir reconnaître le talent, peu importe d’où il vient. Je suis amateur de beau jeu, je fais partie de ceux qui aiment Ronaldo et Messi, à la fois.

 

 

 

MU: Merci pour tout. Un dernier mot, une dédicace à placer, pour boucler cette interview ? Une réaction sur la formidable saison olympienne?

M: Non, sans commentaires… Merci a toi.

 

 

 

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