Il était attendu ce retour. Plus de 2 ans après la sortie de son dernier projet solo, « Junior », en collaboration avec Myth Syzer, le « maire de Montreuil » revient avec un nouvel E.P.,  qui ravira autant les puristes, que la nouvelle génération d’auditeurs.

 

 

BO Y Z pour Bande Originale en YZ

 

C’est avec le titre « Marsellus Wallace », que le projet démarre, un son introductif à l’univers du Prince. Un rap qui nous ramène dans les 90’s. Un rap tout droit sorti d’une scène de Tarantino dont le titre évoque, explicitement, le personnage joué par Ving Rhames, dans « Pulp Fiction ». Le rappeur, originaire du 93, s’y place en spectateur (en YZ) et en dépeint le tableau, grâce à une écriture des plus riches. Pour illustrer un morceau, déjà très visuel, Prince Waly a fait appel au réalisateur Valentin Petit, auteur, pour l’occasion, d’un petit bijou, aux allures de court-métrage.

 

« Éteins la lumière et monnaie fille, tu vas mourir dans ce maudit film »

 

 

D’autres morceaux comme « YZ », « Rain Man », « Doggy Bag » mettent en exergue l’amour du storytelling de son auteur. Ces titres lui permettent, ainsi, de consolider son univers, en lui offrant l’occasion de marquer les esprits avec un défilé de punchlines, digne des meilleurs acteurs du Game.

 

 

BO Y Z pour Boys

 

Si on peut s’étonner de l’absence de Fiasko Proximo, son binôme dans le groupe Big Buddha Cheez, l’EP affiche pas moins de 6 featurings. Une volonté de partage, rappelant les plus belles heures du rap français.
C’est donc, sans surprise, que toutes les personnes présentes sur le projet font partie de l’entourage de Waly. Ce sont donc ses « Boys » qui viennent, logiquement, agrémenter ce projet de phases incisives.
Tengo John, qu’il considère comme un ami (en plus d’avoir d’évidentes affinités artistiques) ; Alpha Wann, son frère de rap, celui avec qui il partage le goût de l’écriture et de la rime, mais aussi Loveni de l’équipe Bon Gamin, également proche du Prince.

 

« Poker, j’ai les codes, je l’ai hacké, j’suis quarterback, j’suis démarqué
Prêt à marquer, on fait feu et vous partez sans vos chaussures et vos raretés »

 

Tout ce beau monde est réuni pour repousser le Prince dans ses retranchements, à l’image du morceau « Plan », dans lequel Alpha Wann et lui-même délivrent, à la fois, flows cadencés, placements audacieux et rimes multisyllabiques.
Les invités permettent, ici, de sortir Waly de sa zone de confort. En effet, les collaborations avec Enchantée Julia et Feu! Chatterton permettent de découvrir un Prince Waly s’essayant au chant, avec succès. Une polyvalence, devenue presque indispensable au rap de 2019 et qui enrichit, incontestablement, son univers.

 

 

 

BO Y Z pour Bande Original des générations Y et Z

 

Prince Waly a, semble-t-il, souhaité parler à toutes les générations avec BO Y Z. Une première, adepte de rap « de puriste », de technique et qui partage l’amour de l’écriture fine; mais aussi une autre, plus ouverte, plus large, plus actuelle.
Le featuring avec Enchantée Julia est l’occasion d’entendre un Prince Waly chantonnant, sur un piano-voix dans une chanson d’amour. Ce dernier a reconnu avoir pris des cours avec Enchantée Julia, qui l’a aidé à s’émanciper et à se découvrir.

 

«Y est ma génération, X deviendra mon relationnel
On a l’intelligence émotionnel, chérie, le crime est passionnel »

 

La collaboration avec Feu! Chatterton va aussi dans ce sens. La prod. y est évolutive, le chanteur de Feu! Chatterton, Arthur Teboul, s’occupant du refrain et Waly abordant un thème intergénérationel, celui du chemin vers la liberté d’être. Le thème de ce son semble fortement inspiré du chef-d’œuvre « Moonlight », Oscar du meilleur film 2K17, qui raconte l’histoire d’un gamin des ghettos américains découvrant et affirmant son homosexualité et sa différence au fil de diverses périodes de sa vie. Une histoire d’émancipation, comme celle du prince de Montreuil dans un rap actuel, souvent trop aseptisé.

 

 

 

BO Y Z est à l’image de sa pochette. Une carte de visite pour Prince Waly, permettant à l’auditeur de découvrir, à la fois, ses amis, son univers et son amour de l’image. L’artiste y est plus complet que jamais, affutant ses points forts et s’ouvrant de nouvelles portes, avec brio.
Un EP à consommer avec délectation, mais dont le format peut aussi nous laisser sur notre faim, nous donnant encore plus hâte de découvrir ce que le prince nous réserve pour la suite, avec, espérons le, un premier album solo à venir.

 

 

@Raphaël Bourdin