Pour cette nouvelle interview, nous avons le plaisir d’échanger avec la chanteuse/rappeuse originaire des Hauts‑de‑Seine, Liza Monet.
Après avoir défrayé la chronique en 2012 avec son clip « My Best Plan », suivi un an plus tard, de la sortie de son premier projet « Monet Close », elle a dévoilé, la semaine dernière, une nouvelle mixtape intitulée « Alexandra ».
Loin des polémiques du passé, elle revient, plus forte, pour nous exposer sa vision du Hip‑Hop et nous parler de son dernier opus.

 

 

 

MU: Bonjour Liza, merci de bien vouloir répondre à cette nouvelle interview pour MusiqueUrbaine. Tu as commencé la musique, très jeune, via le Gospel, qu’est ce qui t’as motivé à te lancer dans une carrière de rappeuse ?

LM: Bonjour, merci à toi!
Oui, effectivement, j’étais dans une chorale de Gospel, grâce à laquelle j’ai appris les bases lorsque ma grand‑mère m’y emmenait.
C’était une belle expérience et j’ai toujours su que j’étais faite pour la musique, quel qu’en soit le domaine. J’ai toujours baigné dans la musique. Mon père est aussi chanteur et mes sœurs ont, elles aussi, la fibre artistique.
Le rap, c’est le meilleur moyen d’exprimer ce que l’on ressent sur le moment, et particulièrement sa haine, pour casser des bouches.

 

MU: Quelles sont tes plus grosses influences, que ce soit à l’époque où tu as commencé à kiffer cette musique, ou même actuellement ?

LM: Ma plus grosse influence c’était Missy Elliott. J’aimais ses clips énigmatiques, qui me faisaient beaucoup penser à ceux de Michael Jackson par le passé.
J’ai aussi beaucoup écouté de rap des années 90’s : Notorious BIG, 2pac, Snoop, Wyclef, Lauryn Hill etc.
Ce fut une vraie révélation quand j’ai entendu les prods de Timbo, Dr Dre et Scott Storch. La, je me suis dit « c’est bon c’est ça que j’aime ». Puis il y a eu toute la vague des années 2000’s avec les filles genre Aaliyah, Destiny’s Child, Ashanti,… puis la fameuse Nicki Minaj.

 

 

MU: Depuis 2013, et la sortie de « Monet Close », il aura donc fallu attendre 5 longues années, pour te voir revenir avec un nouvel opus. Bien que tu aies sortis quelques clips, comment expliques‑tu le fait qu’on ait dû patienter, aussi longtemps, pour avoir droit à un nouveau projet de Liza Monet ? Sachant que tu as souvent annoncé, ces dernières années, la sortie d’un album.

LM: Mon plus gros défaut c’est que je n’ai pas été assez constante et que je n’arrivais pas à mettre mes histoires personnelles de côté, pour me concentrer sur ma musique. Du coup j’ai perdu énormément de temps et je n’envoyais que quelques singles, par ci‑ par là.

 

MU: Lorsque tu as sorti ton premier clip, « My Best Plan », en 2012, tu as subi de nombreuses attaques de la part de médias, de pseudos‑humoristes, voire même d’acteurs du Rap Game. Bien qu’ils t’aient, finalement, fait de la pub, comment as‑tu su gérer toutes ces critiques à l’époque, alors que tu étais assez jeune ?

LM: A l’époque, c’était vraiment très difficile et j’en ai beaucoup souffert. Je ne comprenais pas tout cet acharnement.
Avec le recul, je me dis qu’on est en France et qu’ils n’ont, tout simplement, pas la même vision que pourraient avoir les gens qui baignent dans le Hip‑Hop américain, par exemple. Mais je ne peux pas leur en vouloir, ce sont des français qui n’ont pas la fibre musicale qu’il faut. Ils ne savent pas reconnaitre une sonorité Cainri.

 

 

MU: Tu penses que le Badbuzz, que tu as subis, t’a fermé des portes et a ralenti ton développement artistique ?

LM: Oh que oui!! Ça m’a fermé beaucoup de portes. Imagine, si j’étais signé là, j’aurais eu une exposition de FDP !
Au lieu de ça, on me disait des trucs du genre « Oui, je peux pas te signer parce que ton image c’est pas ça, etc ».
– « Mais frère, c’est à vous de faire ça, pas à moi ! Logiquement, tu me signes, tu mets de l’argent, c’est toi qui développes mon image ! »
Enfin bref, des anecdotes comme ça, j’en ai à la pelle…

 

MU: Est‑ce que le Rap n’était pas trop sectaire, voire sexiste?

LM: Complètement, mais y’a aussi la peur de la femme qui parle. Pour eux, une femme doit parler d’armes sinon elle est pas validée MDR ! Genre, en France, les meufs sont toutes des Nikita frère ! J’aime parler de cul, tout comme les rappeuses américaines, c’est tout, je ne me prive pas.

 

MU: Tu dis ça, mais on a pourtant eu, en France, une frange importante de rappeuses conscientes comme Keny Arkana, Casey, Diam’s, Princess Aniès

LM: Oui mais ça c’était au début des années 2000’s. Y’avait que des puristes mais, maintenant, y’ a tellement de choix de musiques qu’une simple rappeuse ne va plus marcher. A moins qu’elle touche à tout et fasse du Mainstream.

 

 

 

MU: Comment tu expliques qu’on ait autant de retard, en France, comparé à ce qui se passe aux States où les « Bad Bitches » comme Nicki Minaj ou Cardi B, cartonnent, fort légitimement ? Ce qui est le cas depuis bien longtemps. Déjà à l’époque avec Lil’ Kim, Foxy Brown, voire même dans la Pop avec Britney Spears, Miley Cyrus, Kylie Minogue…

LM: Comme je te disais, nous sommes en France. On est quand même dans un pays où des chansons comme le « Papa Pingouin » cartonnent !
Et, aussi, un pays dans lequel les hommes n’ont presque aucun respect envers les femmes. Ils veulent encore être au contrôle, et c’est, malheureusement, aussi le cas dans la musique. Y’a juste à regarder le nombre d’hommes qui ont sortis des projet ces deux dernières semaines. Aucune femme…
Aux Etats‑Unis, c’est autre chose. Les femmes y sont très soutenues et elles profitent de leur corps pour vendre leur musique, ce que je trouve tout à fait normal.

 

 

MU: On voit bien, aujourd’hui, aux détours d’Instagram ou d’autres réseaux sociaux, que les biatchs s’assument de plus en plus et n’hésitent pas à mettre leur plastique et leur sexualité en valeur.
Bien que tu aies subie les foudres de ton avant‑gardisme par le passé, est‑ce que, en 2018‑19, on n’est pas enfin prêt à se décoincer et à accepter ce Rap de « Bad Bitches » ?

LM: Non, ils n’accepteront jamais, à part si la fille vend de ouf. C’est, seulement, si tu vends très bien que les gens passent au‑dessus des préjugés.
Mais si une meuf débarque, mais qu’elle galère a vendre, elle va rapidement s’attirer les foudres de tout le monde pour qu’on l’a force à arrêter.

 

MU: De quoi aurai‑t‑on besoin pour casser ces portes ?

LM: Ah ça je sais pas. C’est Dieu qui est au contrôle.

 

MU: Merci pour ces réponses. J’aimerai désormais qu’on en vienne à ton actualité, et donc, à la sortie de cette nouvelle mixtape, « Alexandra ». Tout d’abord, pourquoi l’avoir appelé ainsi, sachant que tu annonçais, depuis quelques temps, que ton prochain projet s’intitulerait Pyrrha (Reference Mythologique) ?

LM: Je suis superstitieuse et le projet Pyrrha m’a apporté beaucoup de problèmes pendant la période de sa création. Du coup, j’ai laissé tomber ce titre et j’ai fait le projet « Alexandra ».
Alexandra c’est mon vrai prénom, je l’ai intitulé ainsi pour que les gens me voient différemment et qu’on puisse me distinguer du personnage de Liza Monet que je me suis créé.

 

 

MU: La cover de la Mixtape est un panaché de photos de différentes personnes et de toi‑même. Peux‑tu nous en dire plus sur sa conception et ceux que tu as souhaité mettre en avant ? Quel message voulais‑tu faire passer par le biais de cette pochette ?

LM: La cover est signée @donjocedesign. Je lui ai envoyé des photos de famille, donc j’ai mis mon père et ma mère en avant, ainsi que des photos de moi, enfant et maintenant.
En termes de message, je voulais montrer que, malgré tout ce que les cons puissent dire sur moi, j’ai toujours mes parents qui me soutiennent. J’ai toujours été une enfant élevée avec l’amour de ses parents, je ne suis pas un monstre.

 

MU: Peux‑tu revenir sur les collaborations du projet (Feats. Avec LaaNancy & 32Flavaz) ? Comment se sont faites ces connexions et comment avez‑vous travaillé ?

LM: Laanancy m’a contacté et j’ai répondu présente. On a donc fait 2 featuring car on s’apprécie beaucoup, à la fois musicalement, mais aussi personnellement.
En ce qui concerne 32, un ami à elle m’a contacté sur Instagram pour me dire : « Regarde, j’ai une copine qui rap, tu peux regarder ? ». J’ai donc été voir et c’est rapidement devenu mon p’tit coup de cœur, d’autant que cette fille est un ange et qu’elle est très talentueuse. Comme moi, elle a la fibre artistique Cainri et on se comprend.

 

MU: La plupart des Prods. sont assurées par Talixo, quels sont les rapports que vous pouvez avoir ?

LM: Talixo, c’est un ami a moi. Il m’a beaucoup encouragé à aller sur le terrain mainstream, donc je l’ai écouté.
Quant aux autres producteurs crédités sur le projet, j’ai tout simplement kiffé ce qu’ils proposaient.
Après, niveau Prods., j’y vais vraiment au feeling. J’analyse le flow que je peux avoir dessus et si ma voix peut coller. Ensuite, j’écris et on se met d’accord.
Je tiens toujours à ce que le producteur soit là pour voir si je fais du sale sur son instru ou si c’est médiocre. Si c’est nul, on jette à la poubelle et on passe à autre chose. On ne s’attarde jamais sur une seule prod. pendant mille ans, c’est une perte de temps.

 

MU: Par le passé, tu travaillais étroitement avec notre bienveillant Frencizzle. Qu’est‑ce qui fait qu’il n’ait pas participé à cette mixtape ?

LM: Frencizzle ne m’a, malheureusement, pas proposé de prods. Puis, je pense qu’il avait ses propres projets en vue.
A l’époque, on avait bossé sur deux titres, « Gangsta Girl » et « 2men ».
Il touche à tout et il se prend pas la tête, c’est ça que j’aime bien chez lui. C’est un mec cool, j’aimerais bien retravailler avec lui à l’avenir…

 

 

MU: Si certains des titres du projet s’inscrivent dans une évolution logique, avec de fortes influences South/Trap et des textes assez durs (Cf : « Hi Bitch ! », « Chikwang et Rougail », « We Them Stars », …), d’autres morceaux sont plus ouverts.
Tu navigues, dans ce projet, entre rythmiques Afros (Cf : « Bouteille », « Queen Kong », « Gangsta ») et d’autres qu’on associe aisément à du RnB actuel, comme « Roulette Russe », qui fait beaucoup penser à ce que peut offrir Marwa Loud, par exemple.
C’était une volonté réelle, pour toi, de prouver que ta palette artistique était plus riche que ce à quoi on était habitué ? Tu souhaites ainsi toucher un public plus large ?

LM: Oui, je souhaite toucher un public plus large et montrer aux gens que je peux aller sur d’autres terrains plus facilement.
«Roulette Russe » a été enregistré début 2017 lol. Donc rien à voir avec l’autre… J’ai plutôt pensé à Maitre Gims, en rigolant avec Talixo, lui disant « Mec ! Appelle moi Maitre Lims maintenant ! » ahahahah !!

 

 

MU: Est‑ce que tu penses que cette ouverture pourra te permettre de t’ouvrir certaines portes qui t’étaient, jusqu’alors, fermées et qu’on pourra, enfin, parler de ta musique plutôt que de ce que tu fais de ton cul ? Ton passé sulfureux ne risque‑t‑il pas encore de te jouer des tours ?

LM: Franchement on verra, je ne me pose pas vraiment de questions. J’envoie en me disant, qu’à un moment donné, les gens remarqueront que je ne fais que de la musique et que je n’ai jamais que 2 castings merdiques, qui datent de 2010, à mon actif.
Mais ça, après, c’est les gens qui veulent juste trouver un truc pour me décrédibiliser. C’est à moi de faire en sorte de montrer ce que je sais faire musicalement et que je les baise tous ! Je ne tiens plus à m’apitoyer sur mon sort. C’est bon, il faut que je vive maintenant. Ça ne me fait plus mal désormais, je m’en sers de motivation et ça alimente ma force et mes capacités.

 

MU: Tu es chanteuse, chose que tu as toujours revendiqué à une époque où le chant dans le Rap n’était pas légion, voire même, vu d’un mauvais œil.
Est‑ce que ce n’est pas plus simple pour toi de sortir un projet aujourd’hui, avec la mode actuelle et tous ces rappeurs qui, bien qu’ils se revendiquent comme Thug, n’hésitent pas à faire de la Zumba pour gonfler leurs scores ?

LM: Encore une fois les hommes, les hommes, ahlala ! Les hommes …
Ben en faisant ça, je vois surtout qu’ils sont en train de niquer le RnB féminin, qui n’existe même plus, donc ils se travestissent pour vendre ouais.
Dans mon cas, je suis pas trop menacé, je fais ce que j’appelle du Hip‑Hop évolutif. C’est‑à‑dire que je mélange la Trap avec des sonorités très mélodieuses et je m’y sens bien. Je pense que le public appréciera cette forme de musique, plus que ce que j’ai pu proposer par le passé.

 

MU: Bien que le RnB ait changé, on a quand même vu quelques meufs péter de très gros scores cette année. Je te parlais de Marwa Loud, mais Aya Nakamura est aussi en train de tout casser avec son dernier album… Tu penses pas que le RnB féminin n’est pas, plutôt, en train de revivre ?

LM: J’appelle pas ça du RnB pur, je sais pas si tu vois c’que j’veux dire. Pour moi, ce sont des sons ambiançant, on appelle pas ça des chanteuses mais des ambianceuses. Mais forcément, ça fait vendre, c’est comme le mec de « Born to be Alive », il vendra toute sa vie car son morceau est ambiançant et beaucoup kiffent ça. Donc non, à mon sens, le Rnb est vraiment mort.

 

 

MU: Comment tu juges l’évolution de la musique urbaine en France, et même au niveau international ?

LM: Niveau international, l’évolution de la musique est Top. Ça tient toujours la route, la nouvelle vague est au Top et tout le monde arrive à suivre en pondant régulièrement des tubes Hip‑Hop.
Par contre, j’écoute pas vraiment de musique urbaine française car je n’aime pas ce qu’on me propose, hormis Hamza, Jok’Air, Ateyaba, Freeze Corleone et Dosseh, qui ont la fibre américaine.

 

 

MU: Dans cette mixtape, tu dévoiles aussi le titre « My Best Plan 2 », c’est une manière pour toi de fuck les haters, en assumant le premier épisode ?

LM: Ouais déjà ça, puis, aussi pour dire que je te refais un « My Best Plan », mais en mode plus propre.

 

MU: Comment s’annonce la suite pour toi ? Est‑ce qu’on peut envisager une tournée de concerts, de Show‑Cases ? Tu es aussi crédité sur le prochain EP de Lord Mafia, qu’on aura très bientôt, le plaisir d’interviewer… Y’a‑t‑il d’autres collabs de prévues ?

LM: Oui, j’aurais quelques Showcases mais je ne sais jamais vraiment à l’avance lol.
Et oui, Lord Mafia m’ont appelé pour me convier à leur projet, donc j’y ai répondu avec plaisir. Quant à d’autres éventuelles collabs, c’est possible, on verra bien…

 

MU: Est‑ce qu’on va encore devoir encore attendre 5 ans pour te voir sortir un nouveau projet ? Tu penses sortir, un jour, ton premier album, ou est‑ce qu’on peut déjà classer ça au rang des légendes urbaines ?

LM: Non j’espère pas lol ! Pas dans 5 ans mais très bientôt oui. Après, un album, franchement je veux pas mentir, je sais pas du tout. Il faudrait que l’album sorte vraiment propre, selon des exigences bien précises, et je n’ai pas les moyens d’une maison de disque pour me le permettre.

 

MU: Merci pour tout. Un message, une dédicace à placer pour plier cette interview ?

LM: Merci à toi pour cette interview. Grosse dédicace à MusiqueUrbaine !