A l’heure des bilans en cette fin d’année, il est temps de revenir sur l’un des albums les plus marquants de 2018. Et parmi la pléthore de projets rapologiques sortis de cette cuvée, l’un d’eux a totalement bousculé les codes du Rap Game, à savoir le tout premier essai de Marwa Loud.
C’est donc, après avoir envahit la plupart des clubs et chichas de France, que la jeune rappeuse strasbourgeoise a sorti, le 9 Mars dernier, son tout premier projet intitulé « LOUD ».

 

 

La Naissance d’une princesse

 

Repérée et propulsée au rang de star par Lartiste, Marwa vient réjouir les amateurs(trices) de rap féminin francophone confrontés jusqu’alors à une longue période d’anémie.

En effet, depuis que notre boulette nationale a délaissé les bancs du Rap Game à des fins spirituelles, force est de constater que le nombre de successeurs est famélique et la qualité bien trop souvent laissée pour compte.
Mais ça c’était avant : 2018 a accouché d’une princesse.

Du moins aux yeux du public, car c’est à la fin de l’année 96 que le royaume de Strasbourg voit naître, en son sein, son futur joyaux, alors que N.A.P (groupe strasbourgeois d’Abd Al Malik notamment) sortait son tout premier projet « La racaille sort un disque » et que Diam’s freestylait encore aux côtés de Posse ou Mafia Trece.

Cependant, si pour cette dernière le chemin vers le succès commercial fut long et semé d’embûches, Marwa Loud connaît, à 21 ans seulement, une ascension fulgurante.

Passionnée par la musique depuis sa plus tendre enfance, la jeune chanteuse d’origine marocaine s’est mise à écrire ses premiers textes dès l’âge de 17 ans.
C’est avec son ami, DJ Hitman, que la rappeuse va dévoiler au public ses premières ébauches avec les reprises de « Bella » et « Sappés Comme Jamais » de Maître Gims.
Bien que ces premiers extraits ne lui aient pas permis d’attirer un auditoire massif, il ne lui faudra attendre que quelques mois et la sortie du single « Temps Perdu » pour attirer l’attention de différents labels de renom tels qu’Universal.

 

 

Motivée par un feeling naturel et une affinité musicale évidente, c’est finalement vers Lartiste et son label Purple Money, que Marwa va se tourner et signer son premier contrat.

Visiblement, bien lui en a pris car cette collaboration fait très rapidement l’effet d’une bombe.
Accompagnée de Dj Sem, malgré une réticence aux featurings, Marwa va déchaîner les passions avec le tube de l’été 2017, « Mi Corazon », comptant plus de 153 M de vues Youtube sur une seule année.

Peu de temps après, elle ira à la rencontre de Jul, lors d’un showcase à Marrakech et, une nouvelle fois, le feeling est immédiat. Marwa côtoie alors les sommets en se faisant inviter sur l’album « La tête dans les nuages » de son homologue marseillais avec le titre « Je vais t’oublier ».
Lors de sa venue à Marseille, ils enregistreront également « Ça y est », l’un des 16 morceaux choisis pour le premier album de la strasbourgeoise, grâce auquel elle partagera à ses fans ses différents états d’âme avec la spontanéité et le naturel qu’on lui connait.

 

 

 

 

Loud Decoding

 

C’est donc un véritable vent de fraîcheur qui vient balayer le rap français avec ce projet, intitulé Loud (référence au 5ème album de Rihanna), dans lequel elle réussira à créer une alchimie entre les caractères à la fois doucets et « caillera » qu’elle incarne.

Sans surprise, c’est sur des prods à majorité solaires et entraînantes, composées en grande partie par Lartiste et Double X, que Marwa parvient à plonger le public dans son univers ou règnent amour, simplicité et soif de réussite.
C’est justement par cette volonté de « tout gagner » et de « faire d’la maille » que l’album démarre avec les morceaux « Tu peux Parier » et « Mehdi » dans lesquels elle explique à quel point sa « réussite ne peut être qu’évidente » pour celle qui a « charbonné toute l’année ».

Par ailleurs, elle dédicacera le titre « Mehdi » à un petit garçon rencontré au Maroc, qu’elle ne parviendra finalement pas à retrouver, malgré de nombreux efforts et une forte volonté de le convier au tournage du clip, avoisinant aujourd’hui les 30 M de vues Youtube.
Elle fera, de la réussite par le travail, un thème récurrent du projet avec notamment les titres « Billets » et « Fâché » mais aussi « Ca y est » en featuring avec Jul et le refrain: « Ca y est. On est parti d’en bas, regarde maintenant où on est ».

 

 

Car si tout semble aller pour le mieux au pays de Marwa Loud, la nouvelle star de la pop urbaine n’a pas eu un parcours aussi simple qu’il n’y paraît et, derrière un large et beau sourire, se cache une forte sensibilité et un passé douloureux.
En effet, comme elle l’exprime dans « Ça y est », les soutiens dans sa quête de succès se sont fait trop rares, à l’inverse des railleries dont elle fut victime (« M’ont pris pour une folle, pensaient que j’allais pas tout donner, que j’étais bidonne, sur moi que ça rigolait »).
Une nouvelle fois, le thème est récurrent et, bien que ce passé lui ait permis de se transcender, elle n’a toujours pas fait le deuil de cette sombre époque.
Les morceaux « Remontada » (« j’ai vu des potes me détester »/« personne n’était la quand fallait m’aider ») et « Fâchée » (« il est temps d’effacer mais je suis toujours fâchée ») sont la parfaite illustration de la cruauté humaine qu’elle déplore.

Car d’humanité, Marwa n’en manque probablement pas, et c’est bien ce qui ressort de plus frappant, à l’écoute de l’album et qui justifie, certainement, tout le naturel et la spontanéité ressentie.
On ne sera donc pas surpris d’apprendre qu’elle n’écrit qu’en studio avec promptitude, selon son humeur et l’ambiance provoquée par les différentes prods mises à disposition par son équipe.

De plus, bien que ses attaques soient le plus souvent prononcées à l’encontre de ses détracteurs, elle profitera également de sa tribune pour glisser quelques tacles appuyés aux michtonneuses et à leurs victimes (cf « Fallait pas ») ainsi qu’aux faux « Bad Boys » et à l’industrie musicale avec le titre « Cevi » (« Ils me veulent du mal je les ai virés. Dans leur ce-vi je les ai grillés » / « Biz, Biz m’insupporte »)

 

 

Cependant, bien qu’elle fustige ce climat morose et l’environnement délétère dans lequel elle a grandi, Marwa Loud peut tout de même compter sur le soutien inconditionnel de sa famille et de son équipe qui ont su lui transmettre la force dont elle avait besoin dans les moments difficiles et qui lui permettent, aujourd’hui, de « Casser toutes les portes ».

A ces différents soutiens, Marwa Loud semble vouer une reconnaissance quasi-éternelle, qui apparaît comme le moteur principal de son abnégation.
En effet, comme elle l’évoque dans les morceaux « Mehdi » (« J’ai pris tous mes potos »), « Qu’est ce que t’as? » ( » J’veux faire vivre tout le monde même si j’ai qu’20 balais ») et « Gâché » (« J’met à l’abri les gens qu’jaime »), elle compte bien rendre la pareille aux rares personnes ayant toujours cru en elle.

Enfin, la thématique principale du projet réside, clairement, dans son envie débordante d’évasion et c’est probablement la poursuite de ce rêve qui offre autant d’euphorie et d’harmonie à ce premier album.
Les références au voyage y sont légions, comme dans les titres « Bad Boy » («Jvoulais m’en aller et ce depuis des années »), « On y va » («Je m’en vais (x3) sans me retourner ») ou encore, «Mi Corazon» (« J’aimerais m’casser d’ici, m’barrer loin »), pour ne citer qu’eux et vous inviter à découvrir ou redécouvrir ce qui restera, historiquement, comme l’un des projets Rap Français les plus détonants de cette décennie.

 

 

 

 

Certifié disque de platine moins de deux mois après sa sortie, Loud a permis à la jeune rappeuse strasbourgeoise de s’immiscer au rang de star de la pop culture française.
Bien qu’elle ne se voit pas, pour l’instant, rapper pendant 10 ans, Marwa Loud continue d’asseoir sa position dans le Rap Game francophone en assurant la promo et la tournée nationale du projet, remplissant même l’ Olympia, le 5 octobre dernier.
De plus, elle continue de collaborer avec d’autres artistes comme Elams et son titre « Ghetto » extrait de « Ce que l’on vit ».
Alors que les fans de Marwa se rassurent, avant qu’elle ne décide de se focaliser sur sa descendance, il paraît fort probable que son déjà « Classique » accouche d’une suite, lui conférant peut être ainsi, le statut de « Reine de la Pop Urbaine », remis récemment en cause par le succès, tout aussi fulgurant, d’Aya Nakamura.

 

 

 

@Tijania Belkacem