Pour cette première interview, nous avons eu le plaisir d’échanger avec Frencizzle.
Ce beatmaker/DJ castelroussin, au CV bien remplis, a  placé des prods pour de nombreux artistes de renoms tels que Booba, Joe Lucazz, Ateyaba (Joke),… mais aussi, à l’international, Lil Debbie, Gucci Mane ou encore Chief Keef du temps où il était signé sur le Label Glo Gang Music.
Loin des codes et des exigences imposés par l’industrie du Rap, le producteur à l' »Exigence Mongole » vient ici nous parler de son parcours et de l’évolution de la musique, avant de nous offrir quelques leçons de Beatmaking et de structuration professionnelle.

 

 

 


 

Frencizzle: De Châteauroux à Chicago

 

 

MU: Salut, tout d’abord merci de répondre au tout premier interview de Musique Urbaine. Tu disais dans une interview ne pas toujours avoir été passionné de Rap. Peux-tu nous expliquer pourquoi et comment tu t’es lancé dans la musique Hip-Hop?

Fr: Merci à toi, c’est un honneur de répondre à tes questions car, avant tout, en tant que Beatmaker venant de province, j’ai peu d’exposition. Je tiens a te remercier pour ton boulot et ta curiosité.
A la base je ne suis pas un grand fan de musique, je viens d’une famille monoparentale vietnamienne. Ma mère qui m’a élevé seule écoutait beaucoup de chansons traditionnelles et du Disco/Funk qu’elle a découvert au pays durant la guerre, ce qui est pas très cool quand t’es jeune. J’étais plutôt un jeune geek devant les jeux vidéos avec des sonorités plus électroniques.
Cependant, comme je vivais dans la ZUP 1 de Châteauroux, le rap faisait partie de mon environnement, c’est un quartier donc les grands écoutaient du rap et, comme j’y traînais, je pense que je m’y suis naturellement orienté.
C’était l’époque NTM, IAM, La FF tout ça. Le Hip-Hop faisait partie du quotidien d’autant que l’architecte de mon collège était le même que celui du collège dans le film « Ma 6-T va cracker« . Mais le vrai déclic c’est avec TTC.

 

 

MU : C’est en écoutant TTC que tu te décides à créer des beats ?

Fr : Non, tu sais c’est à l’époque du collège où tu sais pas trop quoi faire, il y en a qui sont forts au Foot, d’autres forts a l’école, mais moi j’étais gros, plutôt bon à l’école mais pas sportif et l’informatique me plaisait bien. Comme on assistait au début des jeux musicaux sur PlayStation et PC, j’ai commencé comme ça, par curiosité, et comme c’était cool de faire de la musique j’ai continué, ce qui a attisé ma curiosité.

 

MU : Avec quels jeux tu as commencé ?

Fr : Hip-Hop Ejay sur PC. Le jeux était très axé rap New Yorkais donc, naturellement, je me suis mis à écouter les classiques du rap New Yorkais de cette époque. On est fin 90’s, début 2000’s donc NAS, Wu-Tang, Busta, G-Unit, etc… Et c’est le Boom d’Internet donc je découvre toujours plus chaque jour. Ça m’a permis de découvrir du rap que je ne connaissais pas.
Puis, l’avancée technologique m’a permis d’avoir Fruity Loops et de faire des prods plus ou moins bien. A la base je voulais être écouté pour qu’on me dise si c’était bien ou non, en sortant du cercle amis et avoir un avis plus global. C’est là que je me suis lancé sur Myspace et j’ai rapidement compris que ça pourrait être une vitrine et un moyen de promotion mais j’étais en totale roue libre…

 

MU : Et, du coup, comment tu te fais tes premiers contacts dans le Rap ?

Fr : C’est assez simple en vrai, j’ai contacté des rappeurs français, très peu m’ont répondu car on était dans une phase de transition en France. Le Rap Dirty South c’était un peu nouveau donc il n’y avait que les gros rappeurs qui en faisaient, les autres voulaient pas et à l’époque c’était impossible pour moi de contacter les têtes d’affiche. J’ai donc fait le chemin inverse, j’ai contacté des américains pour placer. Le premier à m’avoir contacté c’était Cali Boy avec le morceau « She Bad ».

 

MU : Avant même tes premiers contacts en France ?

Fr : Non, auparavant j’avais déjà bossé avec BKR et Lil 2004, des rappeurs lyonnais. On était marginaux, c’était des connections MySpace, on voulait faire du Rap Cainri à la française mais c’était très amateur.
Puis, de fil en aiguille, Express Bavon m’a contacté et m’a mis en relation avec d’autres rappeurs du XIXe. Y’avait Kofi de Absolutee Treepsal, Doggfou et ensuite Rhod Dlb. Avec lui on a fait le morceau « Je ne t ‘aime plus », reprise de Manu Chao et c’est là que j’ai rencontré Riski (Ex Metek).
Dans le beatmaking j’avais des phases et, comme eux étaient Dipset à fond, je voulais tout découvrir donc je me suis mis à saigner ça.

 

 

MU : Tu parles de Dipset , quelles ont été tes autres influences musicales ?

Fr : Mannie Fresh & Cash Money à fond, puis Dipset, Three6Mafia, UGK, c’est mes grosses influences.
Après vu que j’étais beaucoup devant la TV, j’ai écouté beaucoup de Pop et de Dance Music : Aqua, CeCe, Peniston, Dr Alban, DJ Bobo… Plus jeune j’avais pas d’albums de rap. Le premier, si je dis pas de conneries, ça devait être Suprême NTM et un de IAM que j’ai regretté d’avoir acheté…

 

 

MU : Ok, pour en revenir à ta carrière, quel a été le cheminement entre tes tout premiers contacts US jusqu’à ta signature chez Glogang Music (Label créé par Chief Keef) ?

Fr : C’est des années à produire des sons à gauche à droite pour se faire un nom. A l’époque, tout le monde ne pouvait pas faire du rap donc quand tu trouvais un rappeur qui était OK pour poser, en général, soit il avait des contacts soit il allait buzzer, donc pour se développer c’était une bonne période. C’est là que le manager de Chief Keef m’a contacté. Il voulait monter une équipe de producteurs donc j’ai accepté direct. C’était un contrat classique sur 3 ans au terme duquel j’ai signé chez NoHell, mon label actuel. Les Cainris c’est cool mais il me fallait de la proximité et les Etats-Unis j’ai pu m’y rendre qu’une seule fois en 2011.

 

 

MU : Tu peux en dire plus sur ce label ?

Fr : NoHell c’est un label monté par le rappeur BE.Labeu dans lequel on est plusieurs, avec tout plein de casquettes. Il y a Din et Petit Pochon qui rappent, BE qui rap aussi et organise des soirées, Dang qui est DJ/Beatmaker, Soall qui est DJ, Realm DJ/Producteur, moi et enfin Siham qui est manager de tout ce p’tit monde. Et DJ Morex aussi qui est DJ/Producteur de 13 Block et chez nous en tant que DJ.

 

 

MU : Tu es aussi DJ ?

Fr : Ouais, je suis devenu DJ il y a 3 ans environ. BE. m’avait repéré dans un bar et, ensuite, il m’a donné la chance d’être résident pendant 3 ans au Nouveau Casino de Paris. Depuis que c’est terminé je mixe 2 fois par mois environ n’importe où selon les booking, que ce soit à Rennes, à Tours, à Limoges. Là j’ai une date en Belgique en Novembre.

 

MU : A l’avenir comment tu penses évoluer musicalement? A l’instar d’un Nodey, ton dernier ep, « Yellowstar » est très orienté musique asiatique, tout comme la dernière prod que tu as réalisé pour Infinit’ (Cf: Saint-Exupéry – Ma version des faits) ?  (Interview réalisé avant la sortie d’un nouvel EP surprise de remixes: West Edition)

Fr : Avec Nodey on est pareil, on est vietnamien donc ça se rejoint, après je pense pas forcément a évoluer. Si tu écoutes mes morceaux, je propose des choses nouvelles a chaque fois. Je ne suis pas dans le mouvement de l’évolution car ça voudrait dire se caler sur la mode. Je suis pas à la mode. J’ai jamais été à la mode sinon on m’aurait plus écouté. Je suis pas un ovni mais je suis un peu comme le cousin mongol! Il est là, tu peux pas le renier… Il fait partie de la famille!

 

MU : MDR! Justement, on te vois souvent sur les réseaux faire référence à l’Exigence mongole. Comment tu définirais justement cette fameuse « Exigence mongole » ?

Fr : L’exigence Mongole, c’est faire ce que t’as envie mais le faire bien. Ça veut pas dire être fou, c’est juste un état d’esprit. Être bosseur même si tu sais que ça plaît pas. Comme Monk, lui il est Exigeant Mongol niveau 33!

 

MU : Et, du coup, quand tu collabores avec des artistes, t’as des niveaux d’exigences mongoles ? Ce que fait DJ Weedim avec Biffty et le Patapouf Gang, avec leur délire de souyons ça te parle?

Fr : En vrai je choisis mes collaborations en fonction de mon travail. Je sais que je n’ai pas d’appuis extérieurs. Je suis pas validé par un tel, je reste dans mon coin, je ne traine pas avec un tel donc je me dois de bosser avec la crème de la crème.
C’est pour ça que j’essaye au maximum, soit de bosser avec les meilleurs dans leur domaine, soit avec des gens qui ont un réel talent que tu ne peux pas nier, comme ça je sais que mon taf est fait comme il faut.
Après Weedim c’est différent, eux c’est une bande de potes qui rappent moi c’est un état d’esprit. Pas d’alcool, pas de drogue. Limite tu fais rien mais tu le fais bien. On est motivé par l’excellence.
Et puis je te dis ça mais je peux pas vraiment juger leur travail, même si j’ai passé 3 ans à mixer avec Weedim. Le rap j’écoute pas du tout, je survole. Les prods je vais bouger la tête mais après faut pas me demander qui rappe ou c’est quoi les lyrics? Après j’ai des coups de cœur mais c’est rare.

 

 

MU: Même en rap americain tu t’interesses pas trop ? Tu parlais de Pouya dans une precedente interview…

Fr: Ouais, là en Rap Américain je suis dépassé. J’ai vu des noms passer mais j’ai pas écouté encore, j’ai l’impression que ça va trop vite et dès que tu t’y mets c’est périmé!
La façon d’écouter la musique a changé, c’est fou! Il me faut du temps pour apprécier des projets donc j’y met du temps réellement pour savourer le truc et ça me fait prendre du retard. Mais ouais, Pouya il est très fort, il me fait penser a Bone Thugz.

 

 

 

Hip-Hop Evolution

 

 

MU: Tu penses que la musique est devenue trop consumable?

Fr: Non, en vrai c’est pas que ça se consume trop vite, c’est que tout est axé sur l’ambiance.
D’un morceau à l’autre t’es encore plus ambiancé, mais le problème c’est que ces morceaux là tu les écoute soit entre pote ou en boîte, etc.. donc c’est pas de toi même que tu écoutes. On te propose d’écouter ces morceaux pour t’ambiancer, c’est ça qui donne cet effet rapide, on te donne plus le choix.

 

MU : Et pourtant on a jamais eu autant de choix ? notamment via les canaux et la musique accessible à tous gratuitement..

Fr : C’est vrai et faux à la fois. Regarde, on est en France, perso là je suis à Tours. Je connais la discographie de Young Thug mais pas des rappeurs de Tours, je connais la discographie de Lil Wayne mais pas du plus gros artiste anglais, alors que c’est à côté.
Le flux d’informations, malgré la gratuité et les informations il reste le même.
On a eu de la chance, il y a 4-5 ans, car on a découvert des trucs mais là avec Instagram, YouTube et les podcasts, les infos sont ciblées par les cookies etc.. Donc au final on découvre toujours rien et on pense découvrir alors que c’est ciblé.

 

MU : Est-ce que c’est pas plutôt de la paresse de notre part ? A l’époque des gars partaient aux Etat-Unis saigner les bacs de disques, alors que c’était bien plus compliqué en terme de logistique. Si on faisait réellement l’effort est-ce qu’on pourrait pas accéder à ces artistes?

Fr : Non c’est pas de la paresse, c’est de la suggestion. Dès lors que tu clics on te guide. Après, à nous de cliquer sur les bons liens, tout est là. Mais est ce qu’on nous donne la possibilité de cliquer dessus pour découvrir? Aujourd’hui le plus important c’est le flux, c’est ce qui génère la curiosité, donc l’industrie l’a compris et elle fait en sorte de gérer les flux.

 

MU : Est-ce que tu penses qu’on serait capable justement de combattre ça, et si oui par quels moyens ?

Fr : Oui regarde j’en suis la preuve, je suis personne et pourtant tu as trouvé de l’intérêt pour moi.
Il suffit d’être patient et de parler aux bonnes personnes, je pense aux vrais passionnés. Mais, au niveau de la masse, on a trop joué la carte de l’artiste Star. Aujourd’hui on est dans la recherche de l’artiste qui fait des vraies choses. Les gens qui tomberont sur cette interview diront « il dit de la merde !» mais au fond c’est vrai c’que je dis.
Les vrais passionnés c’est une toute petite niche et, au final, comme je te dis, c’est le contrôle de flux et de suggestions qui régie tout.
Si je fais telle ou telle musique, je serai dans ce microcosme et je peux avoir la chance d’attirer des curieux. Aujourd’hui c’est ça, que de la curiosité. C’est pour ça que je ne veux pas rentrer dans ce jeu. Je ne dis pas que je maîtrise mon image et ma musique mais je donne ce que j’ai de meilleur sinon je ne le donne pas.
Cette année par exemple j’ai produit que 2 sons pour Joe lucazz et Infinit’. C’était pas forcément voulu mais je voulais sortir de la case Trap et malgré ça le flux veut que je sois un producteur trap.

 

MU : T’aimerais aujourd’hui produire pour d’autres types d’artistes plus pop comme Christine & The Queens, Angèle,… ?

Fr : En vrai je te dirais que oui mais, au fond, pas vraiment… Avec la conjoncture actuelle, le Rap c’est la nouvelle Pop. On a des artistes qui ont des textes riches, donc tout est faisable à partir du Hip-Hop. Ce que je voudrais faire c’est, pourquoi pas, des connections improbables, pousser le rap dans ses retranchements. Après à mon niveau je peux pas faire grand chose, même si j’ai quelques morceaux avec des chanteurs pop.

 

MU: Justement, comment tu imagines la future évolution du rap ? La Trap d’Atlanta semble arriver peu à peu à saturation et de nouveaux genres dérivés émergent comme l’Afro Trap, la Trapchata, Sadek ac des rythmiques de Funk brésilienne...

Fr: Le truc qu’il ne faut pas oublier, c’est que la base du Rap Mainstream depuis toujours c’est la Dance, dans le sens musique pour danser. C’était au départ un dérivé du Disco/Funk, de la musique de boîte de nuit, de fête. Le Rap moins Mainstream est plus ouvert. Donc le Mainstream suit un cahier des charges.
Chaque année on a une tendance, là ça va être la Trap Reaggeton. En Underground, on va voir émerger des nouvelles sonorité plus tribales. Mais tout revient un jour ou l’autre donc, en vrai, faut pas arrêter de créer et mélanger. Et puis, à voir aussi comment va évoluer la société. Aux USA, il y a beaucoup de latinos donc naturellement ils vont mélanger ça au rap. Comme nous avec les sonorités afros ou orientales.

 

 

MU : Est-ce que le coût surélevé des samples est pas devenu une entrave au développement de la musique? Il y a quelques temps Questlove (The Roots) décriait ça dans une interview en disant que, seuls des artistes comme Drake ou DJ Khaled, pouvaient aujourd’hui se payer un sample de Lauryn Hill par exemple.

Fr : Un sample c’est cher mais on est pas forcé de sampler. On samplait car on savait pas jouer du piano ou d’autres instruments, aujourd’hui on a des musiciens mais on les appelle pas, pourtant ça changerait tout.
Plus personnellement, quand j’ai samplé Manu Chao ou Sabrina on l’a sorti sans déclarer, on l’a mit gratos. Clearer un sampler, c’est si tu veux le commercialiser. Moi je suis pour la musique gratuite, je ne veux pas faire payer mes auditeurs. Après c’est un avis personnel.
Après c’est sur que si tu veux faire des thunes c’est risqué parce que si tu te fais attraper tu payes. Mais tu peux tout faire de façon gratuite et générer de l’argent, Chance The Rapper l’a fait.

 

 

MU : Pas sûr que les maisons de disques partagent cet avis…

Fr : C’est pour ça que j’y suis pas, ce n’est pas ma mentalité. Je crée, tu kiffes, profite, partage.
Si tu veux me soutenir viens me voir en soirée, stream gratuit ou achète mon T-Shirt. J’ai pas besoin que t’achètes un MP3 1€ ou un album dématérialisé 10€.

 

 

Le Beatmaking pour les Nuls

 

 

MU: Merci encore. J’aimerai, maintenant, que tu nous en dises plus sur le métier de beatmaker à proprement parler. Est- ce que tu penses qu’il est plus facile pour un jeune beatmaker novice de faire carrière aujourd’hui, grâce notamment à internet et aux réseaux sociaux ou, au contraire, que la concurrence est devenue trop forte et que c’était donc plus simple lorsque tu t’es lancé ?

Fr: Je pense qu’il faut déjà faire un choix entre produire pour produire ou produire pour en faire un biz.
Si tu veux en faire un biz, il te faut un plan comme toute société donc, au final, c’est plus simple maintenant car ton seul but c’est de vendre. En revanche, si ton but est plus profond que le biz, je parle en mon nom là, ben c’est plus compliqué car tu dois jouer avec tout les acteurs du mouvement. Donc tu dois toujours penser comme un novice et y ajouter tes connaissances pour accéder à ton but.
Le mien c’était de placer les artistes que je pensais piliers du mouvement pour ensuite pouvoir créer ce que je voulais. Là j’ai placé Booba, Joe lucazz, Metek, Chief Keef, Gucci Mane, Lil Debbie,… Si demain j’veux faire du zouk c’est mon choix, j’en fais quoi qu’on puisse en penser. Ça sera pas un choix calculé sur une tendance, donc j’ai plus de liberté a mon avis. Et en terme de développement artistique je suis ouvert alors que si c’était que du biz je serai limité à la tendance actuelle. C’est pour ça qu’avec Infinit’ je me permet une prod. orientale.
Au final, la concurrence elle n’existe pas vraiment, elle s’installe seulement si tu rentres dans le moule. Si je faisais que de la Trap je serai en concurrence mais, comme je suis ouvert, j’ai pas de concurrents.

 

 

MU : Dans une interview pour La Sauce, tu donnais à Hype des conseils très intéressants pour un jeune beatmaker qui souhaiterai se lancer dans la musique. Est-ce que tu pourrais revenir là dessus plus longuement?

Fr : Dans la prod il n’y a pas que les prods. Aujourd’hui tu peux créer des packs de mélodies, des Drumkits. Tu peux faire des prods pour les rappeurs, faire de l’habillage de vidéos, c’est très vaste.
Il y a de l’argent partout. C’est de la musique donc c’est ouvert de la même façon que les autres styles.
Aujourd’hui, un beatmaker c’est une personne qui crée, donc tu peux être patron dans le sens où t’as ton nom, tu crées autour de ça, tu lances un chaîne Youtube, tu fais des types Beats ou des tutoriels et tu génères des vues qui elles-mêmes génèrent de l’argent. Ça crée de la promo pour ton nom qui devient une marque. Ensuite tu peux créer des packs de sons à vendre sur un site internet propre ou une plateforme comme BeatStar. Au final le plus important c’est comment tu vas te vendre.

 

 

MU : Il te faut créer une micro-entreprise?

Fr : Ouais, EURL, SASU, peu importe. Tout dépend de la grandeur de ton biz après. Moi je suis en auto comme la majorité je pense, ça permet de pouvoir facturer mes prestations de DJ et en récupérer le flat de mes prods.

 

MU : Le flat ?

Fr : Le flat, c’est le montant de la prod que tu factures à un artiste. Par exemple, si je vends une prod a un rappeur en major c’est pas le rappeur qui paye de sa poche. Il a un budget que la maison de disque lui avance pour payer la prod ce qui permet de facturer à la maison de disque. Sans ça pas de flat.

 

MU : Et dans ton cas, en étant signé en label, est-ce que tu bosses en tant qu’auto-entrepreneur pour le label ou c’est 2 contrats différents ?

Fr : C’est deux contrats différents car Nohell est une structure indépendante, je suis signé en management donc c’est encore une autre branche. Il y a plusieurs types de contrats en label. Moi c’est ce contrat là car j’avais déja mon réseau ce qui me permet une plus grande liberté. Nohell me dirige seulement sur ce qui serait bien que je fasse ou non. En contrat de management Nohell me trouve des plans qui sont adaptés à mon domaine de compétence à savoir des dates pour mixer ou des placements, mais les placement je suis très difficile.

 

MU: Et au niveau des revenus comment ça se passe ? J’imagine qu’il y a un partage, vu qu’ils font quand même le taf de commercial…

Fr: Ils prennent 20% de mes prestations et 20% du flat. C’est un contrat type, négocié à la signature. Moi ça me permet d’être structuré sinon je pars dans tous les sens! Ça m’est d’une grande aide vu que je suis dans tout et rien à la fois.

 

MU: Quels sont les risques aujourd’hui pour un jeune qui veut se lancer? Comment on peut se prémunir des éventuelles quenelles du système?

Fr: Signer trop vite déjà c’est une erreur, ensuite toujours négocier. Un label c’est une entreprise donc il faut connaître sa valeur. Faut aussi être réaliste car le CD c’est mort.
Quand on signe trop vite, on donne au label la direction totale à prendre sur ta carrière. Imagine j’suis un rappeur conscient qui signe sans buzz et là, ils me demandent de faire de l’Egotrip, si je fais pas d’Egotrip, ils sortiront rien. Donc il faut se faire un minimum en indépendant pour se créer son mouvement et ensuite négocier au contrat sa propre équipe de travail.
Aussi faut pas croire que la signature en label est une garantie de richesse.
Signer c’est s’adapter à une industrie, devenir le produit d’une entreprise, alors qu’en indé t’es ton propre patron. C’est comme dans le vrai monde du travail. Tu montes ta boîte, elle marche tu la revends et tu as toujours la main dessus si tu restes actionnaire. Par contre, si tu vends directement ton brevet, bah c’est fini. Après, les majors ont des poids plus puissants car ils ont des partenariats avec des sites, des médias donc on en revient au flux dont je te parlais. Il faut réussir a comprendre le flux.

 

MU: C’est pas possible de béneficier de ce que va t’apporter le label le temps du contrat (contacts, exposition, …), pour te faire connaître et ensuite faire tes bails en solo, à la maniere d’un Damso ac le 92i ?

Fr: Si, c’est possible mais en général c’est un circuit fermé. Si tu sors du cercle t’es coupé donc il est important de créer ton circuit avant pour ne pas perdre trop. Si, imaginons, je bénéficie du flux de Universal et, ensuite, je m’en vais en indépendant, il faut sécuriser le flux car, sinon, je ne l’aurais plus envers les partenaires, les radios, TV, médias en général.
Après c’est compliqué car il faut être solide, PNL par exemple c’est assez solide mais Damso faut voir comment ça va évoluer, il a perdu un peu du flux. Parce que, même si les chiffres annoncent de gros scores, on sait pas vraiment à quoi ça correspond, c’est du vent pour nous auditeurs, c’est pas un référentiel. Pour l’image c’est bien si on t’annonce, mettons 10 Millions de streams, mais au final ça correspond à quoi? 10 Millions j’exagère mais ça peut représenter que 2000 personnes, alors que les ventes physiques, là c’est du concret.
Et aussi Damso, faut pas oublier qu’il est belge. La, on a decide de s’ouvrir parce que c’est francophone, c’est nouveaux, c’est fun. Mais, le jour ou on leur ferme le flux, c’est fini.

 

MU: Je souhaitais revenir sur les Types-Beats que tu évoquais précédemment et qui se démocratisent de plus en plus. Pourrais tu déjà les définir pour les lecteurs qui ne connaîtraient pas, puis nous expliquer comment en générer de l’argent?

Fr: Le Type-Beat c une prod que tu vas bosser avec les même codes qu’une prod existante d’un artiste aux niveaux sonorités et BPM. Après tu le tag avec le nom de(s) l’artiste(s) en référence à la prod.
Aujourd’hui niveau construction c’est comme une prod normale. Tu vas juste te référer à un morceau existant et faire un truc qui ressemble. En vrai un Type-Beat c un type Beat de beatmaker et qui permet aussi au rappeur d’avoir plus de flux niveau référencement.
Du coup, c’est un bon moyen pour les beatmakers en herbe de se faire connaître et de gagner de l’argent car, au début, quand t’es pas connu, tu risques pas de placer vu qu’en principe t’a pas de contacts. Donc le meilleur moyen c’est le Type-Beat pour au moins générer du flux.
Par exemple tu crées un Type-Beat Drake, tu rentres dans le flux Drake. Si tu évolues bien et que t’as une bonne promo tu peux être référencé et du coup intéresser les rappeurs qui rappent comme Drake, voir même Drake avec chance, même si j’en doute… Mais tu fais ça avec 10 artistes, tu balances, si c’est bien ficelé avec un bon plan promo tu peux bien vendre. Après, par contre, niveau artistique tu retardes ta création. Tu deviens une photocopie de copie.
D’où l’importance d’être LA référence. J’suis pas une référence mais il existe des Type-Beats Frencizzle, je dois être mentionné dans des forums comme étant un bon beatmaker car avec Chief Keef j’avais apporté un truc.

 

 

MU: Une fois vendu, c’est exploitable par le rappeur sans problèmes de droits d’auteurs?

Fr: Ça dépend, s’il y a du sample ou pas. Après, la prod, si c’est une compo, c’est une prod originale donc liée au mêmes droits qu’une prod normale. Si un mec l’utilise et fait de l’argent, tu peux faire un procès. Type-Beat ne veux pas dire gratuit même si c’est noté Free Type-Beat. Si c’est exploité les revenus doivent revenir au compositeur originel.

 

 

MU: Ok. Merci pour tous ces éclaircissements. Pour conclure comment s’annonce la suite d’un point de vue personnel? Un premier album en préparation?

Fr: Pour la suite, comme je suis un peu dans tout et rien je pense faire un projet mais peut-être pas un album, peut-être pas un Ep. Ce que je peux te dire c’est que je veux un format long déjà, en y invitant différents artistes, des rappeurs respectés mais qui font pas forcément des chiffres de oufs pour rester cohérent avec ma musique, mais aussi des rappeurs beaucoup moins connus.
Après j’ai des idées, j’ai déjà quelques morceaux. Et je veux rester dans ma vision, dans mon travail. C’est à dire que je veux pas entrer dans une course au hit. Je m’en fous qu’on dise Frencizzle meilleur beatmaker etc… J’veux offrir un long projet gratuitement. Si ça plaît et que ça devient faisable j’aimerai aussi faire une tournée mais ça dépend pas que de moi. Et enfin du merchandising pour monter un mouvement. Ce serait nouveau pour moi, j’aimerai me développer comme un artiste et ramener des gens dans mon délire donc à voir, peut-être des briquets, des T-Shirts,…

 

MU : Un skeud en distribution physique ?

Fr: A voir, en fonction de la demande du public. En petite quantité je pense. Je pourrais distribuer ça en privé via Instagram. On me DM et j’envoie mais pas cher, genre 5 euros, de quoi payer la boîte et l’impression du CD.

 

MU: Merci pour tout. Un dernier mot, une dédicace à placer?

Fr: Dédicace à Oscar.

 

 

Loïc Sgr X Jean-Léonard Frencizzle.